Invité de la Fnim le 15 janvier 2019 à l’Hôtel Edouard VII, à Paris, David Gruson, fondateur d’Ethik-IA, a présenté S.A.R.R.A., son premier polar bioéthique. Une occasion d’ouvrir le débat sur les atouts et les limites de l’IA.
Un premier roman en dit souvent long sur son auteur. Quand David Gruson livre S.A.R.R.A. (éditionBeta Publisher), sa première « science » fiction, sortie en juin dernier en librairie, celle-ci est hantée par l’un de ses sujets de prédilection : l’intelligence artificielle. Invité du dîner de début d’année de la Fnim, organisé à l’hôtel Edouard VII, à Paris, David Gruson a donc présenté son ouvrage, disserté et fait disserter l’auditoire sur cette IA, à la fois attendue et redoutée, source de progrès et de craintes. Mais, au fait, c’est qui David Gruson ? Docteur en droit de la santé et titulaire d’un 3e cycle sur les technologies d’information et la communication, il a fondé Ethik-IA, qui vise à la mise en place d’outils de « régulation positive » du déploiement de l’IA et de la robotisation, dans le domaine de la santé. Engagé quant au volet numérique du processus de révision de la loi de bioéthique et membre du comité de direction de la Chaire Santé de Sciences Po, il a notamment été conseiller « santé » du Premier ministre François Fillon, directeur général du CHU de La Réunion et délégué général de la Fédération hospitalière de France. Autrement dit : David Gruson connaît son sujet. D’ailleurs, il n’a eu aucun mal à faire courir son polar sur quelque 318 pages. Car S.A.R.R.A. est un thriller et même un roman d’anticipation, où une IA est chargée de trouver une réponse à un risque d’épidémie Ebola qui survient en plein Paris… « On mesure ici que l’intelligence artificielle et les robots, dont on nous vante la précision et la fiabilité, doivent aussi être interrogés quant à la portée et au sens de leurs actions », écrit le Pr Guy Vallancien, membre de l’Académie Nationale de Médecine, dans sa préface du livre de David Gruson.
Immersion immédiate dans un scénario digne d’un blockbuster hollywoodien
D’un tempérament partageur, l’auteur de S.A.R.R.A. a d’emblée embarqué les participants au dîner de la Fnim dans les coulisses de son ouvrage. Une immersion immédiate dans un scénario digne d’un blockbuster hollywoodien : « 5 septembre 2025. Trois décès suite à des cas avérés d’Ebola viennent d’être déclarés dans Paris (…) L’origine de la contamination reste inconnue. Il ressort des examens réalisés qu’il s’agit d’une nouvelle souche de virus sur laquelle le vaccin contre Ebola produit en 2022 est inefficace… » Entre jeu de rôle et de stratégie, chacun a été invité à donner son avis et à voter pour différentes sorties de crise possibles : l’engagement du processus d’administration du nouveau vaccin synthétisé par l’IA, l’administration partielle du vaccin par des assistantes automatisés ou encore la révélation au grand public l’existence de cette IA… Un autre monde ? Un futur encore lointain ? A écouter David Gruson, l’IA c’est déjà aujourd’hui. « Nous ne devons pas refuser la technologie, dit-il. Car elle va permettre de renforcer la qualité et l’efficience de notre système de soins. Toutefois, mieux vaut connaître certains enjeux éthiques associés à l’IA, à l’instar du risque de délégation du consentement aux soins ou celui d’une minoration relative de la valeur de la personne face à la logique collective de l’algorithme. » Un débat qu’il ouvre aussi dans son livre en planchant, par exemple, sur les limites de la robotisation des processus de prise en charge. Il s’interroge également sur ce qu’il reste du libre-arbitre, du hasard et de la causalité à l’heure de l’IA... De bons sujets de philo pour des élèves de Terminale, comme pour des étudiants en médecine. Surtout à l’heure où le Comité consultatif national d’éthique propose d’ouvrir la voie au développement de régulations « souples » – telles celles préconisées par Ethik-IA -, en vue de prévenir les risques éthiques intrinsèques associés à l’IA en santé. Celles-ci viendraient compléter le principe fondamental d’une garantie humaine de l’IA, qui aurait, quant à lui, vocation à être inséré dans la prochaine loi de bioéthique.
Anne Eveillard
À VOIR
Pour le compte de l’Institut Montaigne, David Gruson vient de rédiger une note intitulée « IA et emploi en santé : quoi de neuf docteur ? ». Ce document se destine à interpeller les pouvoirs publics quant à la nécessité d’anticiper les effets de l’intelligence artificielle sur l’emploi en santé. Il jette aussi les bases d’une méthodologie d’évaluation des conséquences du déploiement de l’IA et autre robotisation sur le secteur de la santé. Cette note est disponible sur ce lien : https://www.institutmontaigne.org/publications/ia-et-emploi-en-sante-quoi-de-neuf-docteur