Télécharger l'enquête : « Transformation digitale et Open Innovation des industries de santé »
Doctors 2.0 & You, le congrès international de la santé digitale à Paris, a été conçu par Denise Silber, fondatrice de Basil Stratégies, afin de rassembler les experts de la santé digitale des cinq continents et de montrer en France la diversité des réalisations possibles. Hopscotch Congrès est producteur de la manifestation en partenariat avec Basil Stratégies depuis cette sixième édition. Depuis quatre ans, suite à un partenariat avec la FNIM, présidée par Eric Phélippeau, Doctors 2.0 & You est aussi l’occasion pour Denise et Eric de construire ensemble une session de présentation d’une étude ad hoc et des témoignages de managers. La session 2016 a été organisée autour de deux volets – transformation digitale et open innovation - avec la présentation par Eric Phélippeau et Denise Silber des résultats d’une enquête concernant la transformation digitale et l’innovation ouverte, suivie d’un témoignage par Julie Valette, manager digital d’une filière de Santé Maladies Rares à l’hôpital Necker. Deux autres témoins sont aussi intervenus : Arnaud Moyne de Linkfluence a présenté le potentiel de l’e-réputation pour l’industrie, et Anne-Claire Donze d’AstraZeneca a décrit son vécu de l’application en pratique.
Introduction par Eric Phélippeau, président de la FNIM)
« La première question-clé de notre enquête portait sur la transformation digitale, à savoir, selon Wikipedia, « les changements liés à la mise en œuvre des technologies digitales dans tous les aspects de la société (entreprise, organisme, établissement de santé) ». Cette transformation digitale est en marche, mais progresse de manière inégale au sein des sociétés. La seconde question-clé concernait l’open innovation. Qu’entend-on par là ? Le principe de l’open innovation consiste à connecter les entreprises à leur environnement pour engranger idées, inventions, process, équipes… A titre d’exemples : partenariat avec des laboratoires de recherche, conception collaborative de produits, création de projets open source, développement d’un réseau de startups, mais aussi écoute des clients s’exprimant sur les réseaux sociaux. Côté grand public, les leaders de l’open innovation se nomment Orange, Bouygues Telecom, SFR, ou des industriels traditionnels comme la SNCF, Renault, Valeo, Schneider Electric, Alstom (dans le domaine de la santé, cela reste encore à l’état embryonnaire, mais il est possible que cela change très rapidement). En associant transformation digitale et open innovation, on voit bien que c’est la transformation digitale dans les entreprises qui va permettre l’accélération de tous les échanges ».
Les résultats de l’enquête en ligne menée en mai 2016 (présentés par Eric Phélippeau et Denise Silber)
- 89 répondants dont 60 % pour l’industrie pharmaceutique (médicaments et dispositifs médicaux). A signaler la faible représentation des établissements de santé.
- La taille de l’entreprise (de moins de 50 à plus de 1000 personnes) n’a pas eu d’influence sur les résultats.
- Par fonction dans l’entreprise, on note que les DG commencent à s’engager dans la transformation digitale (25% répondants DG contre 16% en 2015), de même que les directions Marketing. Or on sait que l’implication des DG est un élément clé pour le développement d’une stratégie digitale. A noter aussi, une bonne représentation des directions de la Communication et surtout la montée en puissance des directions du Digital (7 répondants contre… 1 en 2015 !).
- A la question : le digital est-il important dans votre activité ?, il y a 84% de réponses positives et – ce qui est nouveau - toutes les fonctions sont impactées.
- A la question : le digital a-t-il ou va-t-il transformer votre activité ? 82% de l’échantillon répond oui. On serait tenté d’être étonné de ce « faible » score… Or les répondants négatifs (18%) ne sont pas toujours les mêmes que ceux qui ont dit non sur l’importance du digital dans leur activité : alors qu’ils étaient sensibles au digital, comment celui-ci ne peut-il pas changer leur activité ?
- A la question : avez-vous amorcé un processus de transformation digitale ?, on obtient 76% d’avis positifs, un score moyen.
- Interrogés sur le digital en tant que priorité pour l’entreprise, 87% des sondés répondent oui. Les 13% qui ont déclaré « non » ou « à peine » sont détachés du ROI que le digital peut apporter. Pour Denise Silber, « en fait, le digital va de plus en plus participer à la satisfaction du client car il offre d’autres opportunités pour échanger et offrir de nouveaux services. C’est là que se situe la rentabilité du digital. Mais si l’on essaie de mesurer de façon isolée la valeur d’un outil, le ROI n’est pas évident ».
- 72% des répondants pensent que la transformation digitale aura un impact sur le modèle économique de leur entreprise (en 2015 : 88%). Comme en 2015, plus de 70% des réponses négatives proviennent des industries de santé.
- A la question : avez-vous mis en place une organisation particulière pour gérer le digital ?, une courte majorité répond oui, les 2/3 des réponses négatives provenant de l’industrie de santé. « Dans l’industrie pharmaceutique, analyse Eric Phélippeau, beaucoup de gens ont des responsabilités dans ce domaine, mais il n’y a pas encore de transversalité et ils ont du mal à engager les parties prenantes. Est-ce que le pouvoir de décision doit être dans les mains du DSI, du marketeur, du communicant ? Ou du brand manager numérique ? L’importance relative des réponses négatives s’explique peut-être par un mode de gouvernance internationale dans certains grands laboratoires ».
- Pour clore l’enquête, nous avons posé deux questions liées à l’open innovation. D’abord, l’open innovation est-il un axe de réflexion dans votre entreprise ? Le oui recueille 57%, dont plus de la moitié pour les industries de la santé. Mais dans d’autres secteurs (parapharmacie, cosmétique), l’open innovation est plus prégnante (plus de 65%). Ensuite : Avez-vous déjà amorcé des projets en open innovation ? Là, il y a peu de passage à l’acte avec 64% de non.
- Enfin, quelques verbatim recueillis en marge de l’enquête. « Quels business models mettre en œuvre ? » : pour le monde de la santé, le digital sans modèle économique est quasiment voué à l’échec. « Il faut des profils spécifiques, mais lesquels ? ». « Jusqu’où peut aller l’open innovation ? » - sous-entendu, dans un monde de la santé très encadré.
Témoignage de Julie Vallette, Filière Santé OSCAR, hôpital Necker
« Je vis aujourd’hui le digital à travers ma filière santé, maladies rares OSCAR (maladies des os, du calcium et du cartilage). Ma mission est de mettre à disposition des outils numériques pour améliorer la prise en charge ainsi que la relation médecin/patient : carnets de liaison, suivis de traitements et de courbes de croissance. J’ai été recrutée parce que j’avais l’expérience du digital et du marketing, mais je me définis plutôt comme communicante, car c’est cette fonction-là qui, à l’hôpital, a le rôle d’initiateur de projets digitaux.
Dans le domaine de la santé, le problème majeur est celui de la centralisation et de l’actualisation permanente des données du patient. Le digital y a toute sa part, notamment pour les maladies chroniques qui affectent le patient tout au long de sa vie, et donc on a besoin d’un carnet de suivi. Je suis donc en train de développer une application dédiée au suivi de doses cumulées aux rayons X, car les PS, en dehors de l’hôpital où est traité le patient, n’ont aucun moyen de connaître cette information longitudinale qui permettrait une meilleure prise en charge du patient dans certains cas. Le patient est nomade : il fait des actes médicaux en libéral, en laboratoire, chez le dentiste etc, et rien n’est centralisé. Je développe ainsi avec mon équipe une appli mobile qui enregistre et rassemble en un seul lieu son historique d’examens et de doses cumulées. En ce qui concerne la transformation digitale, je ne connais pas encore d’exemple dans les établissements de santé. Pour conclure, je pense que le digital est certes un outil, mais surtout une valeur qui exige de la transversalité : il doit être partout, de la compta aux RH en passant par les secrétaires médicales. On va vers une mutation des métiers dans toutes les fonctions de l’organisation avec, au centre des préoccupations, l’utilisateur final, en l’occurrence le patient ».
Témoignage d’Arnaud Moyne (Linkfluence)
« Comment l’écoute du web, qui est notre cœur de métier, peut participer à la transformation digitale ou l’accompagner ? Linkfluence existe depuis 2006, notre premier secteur d’intervention est l’industrie pharmaceutique, mais pas uniquement (on travaille aussi avec l’industrie du luxe, le food, entre autres). On a deux activités : d’abord, un logiciel big data qui va capter l’information sur le web mondial (300 millions de source) et va restituer en temps réel des tableaux de bord pour recueillir ce que le patient ou le consommateur connecté raconte ; ensuite, un traitement des informations par des analystes pour comprendre ces informations. Depuis 2015, on dispose d’une équipe de 40 personnes en Asie, là où nos clients ont besoin de comprendre ce qui se passe sur le web chinois et dans la région Asie-Pacifique. Mettre à disposition un moyen d’écoute du web permet à une équipe de communication de surveiller la réputation de la marque et de prévenir les crises. Ecouter la voix du patient permet, en amont de l’AMM, de réfléchir à des attentes, de créer un discours marketing, d’adapter une offre et, en aval d’un lancement d’une molécule, de comprendre les premières réactions de patients ou d’aidants, de détecter des mésusages ou des cas de pharmacovigilance. Cette activité est très maîtrisée et ne consomme pas des ressources infinies. De plus en plus, on voit des équipes de R&D s’intéresser à l’écoute du web dans une phase de réflexion stratégique. Ici, la transformation digitale est bien à l’œuvre. Côté open innovation, on observe que dans certains laboratoires, la data est partout et chacun, dans son métier, dispose d’un nouvel outil numérique de captation du web. Dans d’autres laboratoires, on est capable d’identifier des KOL sur le web et de savoir comment sont structurées les communautés autour de conversations à propos du diabète ou de l’hépatite. Tout part de l’écoute. Et on écoute pour faire de l’innovation et réinventer son modèle économique, on écoute pour mettre le patient au cœur de l’organisation, on écoute pour structurer la communication, laquelle, en cas de crise, n’a plus qu’à activer un certain nombre de leviers (KOL, bloggeurs, communautés) qui relaieront l’information ».
Témoignage d’Anne-Claire Donze
« Chez AstraZeneca France, on partait du principe que si on était présent sur les réseaux sociaux, cela générait beaucoup de risques et une charge de travail accrue. Malgré tout, nous avons réussi à faire évoluer les mentalités et à ouvrir un compte twitter en février 2016. Nous avons réalisé que l’on pouvait récupérer beaucoup d’informations pour mieux connaître notre marché, mieux appréhender les besoins de nos cibles – médecins, scientifiques, patients, institutions. En outre, les risques sont maîtrisés (le risque est un enjeu majeur pour les grands laboratoires) et ainsi cela met en confiance les différents intervenants en interne ».
Denis Briquet pour la FNIM et Basil Stratégie